Je ne crois pas être du métal dont on forge les critiques, littéraires ou autres. Je suis d'un naturel trop bienveillant pour pouvoir, en tout objectivité, relever à la fois le négatif et le positif d'une oeuvre dans un but constructif ou informatif. Ce qui ne m'empêche pas, comme une majorité d'êtres humain je crois, d'avoir un grand désir de partager avec le plus grand nombre possible mes découvertes, quand elles me laissent aussi impressionnée que je le suis après avoir vu ce magnifique film de Ari Folman.
J'avais trois raisons de vouloir voir ce film: il me donnait l'occasion d'entendre parler hébreu, j'en avais entendu d'excellentes critiques, et ma soeur Mariline (qui en avait eu l'idée) voulait le voir avec moi. Cependant, il se peut que j'aie eu quelque réticence à y aller, si j'avais réalisé qu'il s'agissait d'un film d'animation. J'aime ceux "pour enfants", surtout depuis qu'ils sont faits avec autant d'intelligence que Ice Age, The Incredibles ou Wall-e, mais je ne sais pas pourquoi ceux pour adultes me repoussent généralement. Comme je suis heureuse, en tout cas, de ne pas avoir eu l'occasion de me désister pour une aussi misérable raison!
Valse avec Bachir est en fait un documentaire d'animation. Le réalisateur, Ari Folman, se met à nu (littéralement en fait, mais par dessin interposé) en nous dévoilant sa quête pour retrouver sa mémoire perdue, concernant sa participation à la guerre du Liban au début des années 80 et, en particulier, au massacre de Sabra et Shatila, deux camps de réfugiés palestiniens. Pour réussir sa quête, il rencontre d'anciens soldats comme lui,, pour sonder leurs souvenirs, et des spécialistes pouvant l'éclairer sur son amnésie. En ressort une illustration déchirante du conflit qui continue toujours de faire rage et défigure l'actualité de façon renouvelée depuis une dizaine de jours. La trame de ces terribles événements, vieux de plus de 20 ans, se déroule tranquillement mais inexorablement, nous entraînant, muets, vers une fin qui nous laisse comme assommés sur notre siège quand le générique de la fin apparaît à l'écran.
Assommée, je le fus réellement. Pendant la dernière minute du film, le silence dans la salle était tel que, si je n'avais pas été si occupée à me mordre le poing pour étouffer mes sanglots, les larmes me coulant silencieusement sur les joues, j'aurais pu entendre les battements de coeur (saccadés, sans aucun doute) de mes voisins immédiats. Le film terminé, et le nom des artisans défilant lentement devant nous, pas un, je dis bien pas un spectateur ne s'est levé de son siège. Il nous fallait le temps du générique, avec la musique qui l'accompagnait, pour nous remettre de cette fin massue.
J'évite d'en dire trop sur le film, pour ne rien vous gâcher quand vous le verrez, mais je ne peux pas m'empêcher de mentionner un passage qui m'a particulièrement marquée: celui où une voiture rouge remplie de terroristes (ou de résistants, dépendamment du point de vue) parcourt les rues de Beyrouth et ses environs, ses passagers tuant au passage tous les soldats israéliens qu'elle rencontre. Les forces israéliennes tentent en vain de la bombarder, ne réussissant à chaque fois qu'à tuer d'innocentes victimes qui avaient le malheur de se trouver à côté. Cette histoire illustre tellement bien ce qui se passe en ce moment à Gaza: Tsahal tente de tuer les terroristes du Hamas, mais tandis que ceux-ci lui échappent en se faufilant à travers la population, ce sont les femmes et les enfants qui se font tuer par les bombardements.
Le moins qu'on puisse dire est que je ne suis pas ressortie de cette expérience avec un optimisme renouvelé. Malgré tout, je crois que ma vision des choses s'en est trouvée éclairée, ne serait-ce qu'un peu, et qu'on s'intéresse ou non au conflit qui ravage cette partie du Moyen-Orient, on ne peut être indifférent à ce dont on est témoin dans cette oeuvre cinématographique. Attention quand même de ne pas le voir un jour où vous êtes déprimé...
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